Mardi 1 juillet 2008
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Voilà bien une ville culturelle ! Par son emplacement géographique à la croisée des chemins historiques et sa propension à révéler les génies artistiques en tout genre, Barcelone porte, sans usurpation aucune, le sceau de capitale des cultures.

Notre périple, bien que purement futile et vacancier, incluait
néanmoins quelques escales culturelles de choix (celle du routard et des aficionados en particulier) : les célèbres maisons biscornues et fantasmagoriques de
Gaudi ; le
parc Guell, fruit du même cerveau architecte et mosaïste ; le
musée Picasso, abri
d’un grand nombre de ses œuvres de jeunesse méconnues ; la
fondation Joan Miro et ses œuvres visionnaires et
déroutantes et bien sûr la sacro-sainte «
Sagrada Familia » en perpétuelle construction.
Chacun de ces trésors est dûment inscrit sur les divers plans de la ville, vous n’avez qu’à le suivre. Mais si vous décidez de partir à l’aventure, vous serez surpris de constater qu’ils sont
disséminés ça et là, dans des parcs à l’abandon ou jardins fièrement entretenus, sur des places improbables, au cœur des vieux quartiers, dans des palais centenaires dont on ne peut soupçonner
l’existence vue de la rue.
Même pour des yeux non avertis ou peu intéressés, les œuvres espagnoles ainsi
exposées remplissent leur fonction d’œuvres artistiques, provoquant en nous de multiples réactions ; nous faisant visiter à travers elles des gammes étendues de sensations, de sensibilités, de
sentiments et autres appels à nos sens ainsi éveillés.
Le regard est celui qui sera le plus sollicité. Des myriades de couleurs enchevêtrées, organisées ou libres de leur mouvement ; des milliers de motifs brisés ou préservés ; des formes étranges,
illisibles ; partout des choses à voir, à regarder, à observer, à laisser vagabonder dans nos pupilles et nos esprits.
Une sculpture en mouvement ? La fontaine de mercure mystérieuse de
Calder. Une toile énigmatiquement barrée d’une seule fissure ? L’occupation réflexive du
détenu solitaire selon
Miro. Un paysage infini de formes et de couleurs sans aucune volonté figurative ? Les vagues mosaïcales de
Gaudi. Neuf fenêtres aux pigeons méditerranéens ? Une récréation nécessaire à
Picasso entre deux des 58 variations sur « las meninas
» de
Velasquez.

Partout des couleurs, des techniques et des instruments. Partout des
recherches, des tâtonnements et l’évolution d’un art appris et maîtrisé vers un art novateur et révélé à soi-même.
Et partout, la même évidence du génie de certains êtres humains qui peuvent, avec un siècle d’avance, user d’un langage nouveau et affolant, s’adressant ainsi, dans l’espoir d’être compris, à
ceux qu’ils ne rencontreront jamais un siècle plus tard. En somme, nous.
(soupir)
Tout cela paraît bien pompeux pour un banal récit de voyage d’agrément ! Mais c’est sans compter les dizaines de musées dont nous n’avons pas passé la porte ; avec une émotion particulière
pour le
MNAC (Musée National d’Art Catalan) dont les guides précisent qu’il faut compter deux séances de 5h pour en effectuer un léger survol… autant dire que
nous n’y avons pas risqué un doigt de pied !

De même nous avons largement profané l’immanence de la représentation
symbolique de la «
Sagrada Familia » dont nous n’avons effectué qu’un tour extérieur sommaire entre deux grues et dix échafaudages ; concluant qu’il devait
s’agir là d’une expression vivante du perpétuel mouvement de l’art dans son élaboration complexe. Quelque chose qui aurait à voir avec l’éternité de l’artiste dans le sens de son œuvre sans cesse
déconstruite et rebâtie. Le tout à la lumière des meilleures enseignes américaines de restauration rapide encadrant la sainte place…
Trêve d’ironie paresseuse.
A
Barcelone, il y a beaucoup à voir et pas seulement dans les musées estampillés « temple de la connaissance artistique ». Vous n’avez qu’à observer le vol
des mouettes sur le port, dénicher une sculpture juste au-dessus de votre tête, entrer dans une épicerie hors d’âge et hors du temps ou bien contempler le ballet du linge séchant aux
fenêtres…
A la fois multiple et singulière, cette ville offre à ceux qui la cherche mille trouvailles et occasions de s’extasier à chaque coin de rue.